Meurtre sur commande

2007-01-15 - Le Temps
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« Lahoucine » était un marocain qui s'est déjà marié une première fois au Maroc avant de s'expatrier ailleurs pour trouver du travail, laissant une femme divorcée avec un enfant à charge.
Le travail qu'il s'était procuré, pouvait lui permettre de vivre aisément et envoyer un peu d'argent à titre de pension alimentaire à son ex-femme.
Au fil du temps, il s'était senti seul dans le pays où il avait émigré et c'est la raison pour laquelle il cherchait une compagne qui pouvait lui procurer un peu d'affection et de bonheur et lui permettre de rompre avec la monotonie et surtout la solitude dont il souffrait de jour en jour.
Cependant, ses collègues de travail, avec lesquels il avait de bons rapports, l'invitaient de temps à autre à aller avec eux pour « boire un coup » et passer quelques moments de détente au bar du coin.
Mais il était plutôt d'un tempérament calme et n'était trop porté sur l'alcool.
Aussi avait-il souvent décliné les multiples invitations qu'ils lui avaient faites.
Toutefois, il allait pour la première fois, faire exception à la règle pour répondre à l'invitation d'un ami à assister au mariage de sa nièce.
Au jour J, il se mit sur son 33 et alla se joindre à des collègues qui étaient également invités par la même personne.
Ce fut au cours de cette fête de mariage qu'il fit la connaissance d'une jeune fille dont il fut très vite entiché.
Elle était également enthousiaste malgré la différence d'âge qu'il y avait entre eux.
En effet, elle pouvait facilement avoir l'âge de sa fille, mais quand on aime on ne compte pas.
Après plusieurs rencontres où Lahoucine était convaincu qu'il avait trouvé la femme qui lui sied, il la demanda en mariage et elle accepta sans rechigner ni hésiter.
Elle était d'une famille modeste et elle pensa que par ce mariage elle pouvait améliorer sa situation matérielle et sortir du joug de ses parents qui lui rendaient la vie dure, exigeant d'elle plus qu'elle ne pouvait, puisqu'elle leur donnait le peu d'argent par les emplois occasionnels qu'elle trouvait de temps à autre.
Les formalités du mariage rendues à leur plus simple expression furent accélérées et la fête célébrée dans de bonnes conditions, le couple s'établit dans un appartement pas très luxueux, mais assez suffisant pour qu'il vive dans l'harmonie et le bonheur.
Une année passa sans problème et au bout de laquelle, un joli poupon était venu égayer le foyer : Farah.
Le mari était content et se consacrait corps et âme pour la petite qu'il chouchoutait et dorlotait de toutes ses forces et avec tous les moyens qu'il pouvait avoir.
Toutefois, l'attitude de sa jeune femme avait subitement changé.

Elle reprochait de plus en plus à son mari de ne pas s'occuper d'elle comme il se devrait en la faisant sortir de temps en temps.
Elle était un peu lasse de faire les travaux ménagers en plus du temps qu'elle passait à s'occuper de la petite.
Son mari, travaillant de nuit, rentrait à la maison pour passer la journée à dormir.
En se réveillant il aurait juste le temps de se préparer pour aller au travail.
La jeune femme est devenue sur les nerfs et son attitude était agressive envers son mari.
« Qu'est-ce qui avait pu la faire changer subitement de caractère, pensa inquiet le mari » ?
Son inquiétude augmenta à un point tel qu'elle vira au doute : Et si une tierce personne essayait de la conquérir ? Ou, peut-être, était-ce fait ? se dit-il.
Le doute l'habita pour devenir d'une jalousie morbide.
A peine constatait-il qu'elle changeait de robe, ou qu'elle se faisait belle avant de sortir, qu'il la mitraillait de questions : « Pourquoi as-tu mis cet ensemble aujourd'hui ? Qui es-tu en train de voir ? Je te tuerai si jamais j'apprenais que tu me trompais ! « , lui lança-t-il crûment.
Un jour il lui posa une question qui était aux yeux de la jeune femme, bête et stupide, mais qui semblait le travailler au point de le torturer : « Es-tu sûre que « Farah » est de moi ?
Cette question l'a mise hors d'elle-même au point de lui répondre avec le plus grand dédain :
« Tu es plus à même de le savoir...
sauf si tu n'as pas confiance en toi-même ! »
Cette réplique ne fit qu'aiguiser sa colère.
Mais il préféra sortir pour ne pas envenimer la situation.
Un jour, en rentrant du travail, il ne trouva pas sa jeune épouse.
Il téléphona à ses parents qui lui dirent qu'elle n'était pas chez eux.
Il tournait en rond dans toute la maison et jetant un œil sur son armoire, il vit une enveloppe posée sur une étagère.
S'empressant de l'ouvrir il y découvrit une photo de sa femme en tenue de plage accompagnée d'un jeune homme souriant, aussis à côté d'elle sur le sable.
Qui pouvait être ce jeune homme et que faisait-il avec sa femme au bord de la mer ? Il conclut très vite qu'il était floué et trahi, son tort fut de ne pas s'enquérir auprès de sa femme au sujet de la photo.
Très vite, il eut l'idée de se venger pour son honneur.
Cette idée ne faisait que le travailler de jour en jour.
Sa femme s'absentait de plus en plus fréquemment et ne lui disait pas la vérité sur ses déplacements et ses sorties.
La goutte qui fit déborder le vase fut, cette scène qui eut lieu un dimanche avec sa femme et où celle-ci lui affirma ouvertement qu'elle ne l'aimait pas et qu'elle ne l'avait jamais aimé.
Pensa-t-elle sérieusement à ce qu'elle disait ? Ou était-elle sous l'effet de la colère ?
Quoiqu'il en soit, le mari prit ces paroles pour de « l'argent comptant ».
Il décida de la tuer, mais sans qu'il fusse directement impliqué.
Il alla voir « Khlifa » un repris de justice notoire, qui vivait en clochard et qui s'était habitué à passer plus de temps en prison, qu'en état de liberté.

Il lui demanda de tuer son épouse, moyennant une somme d'argent, qu'il lui donna rubis sur ongle, et le clochard accepta volontiers la vile besogne.
Lui donnant le double des clés, il lui dit de le faire en son absence, lui indiquant le jour J, il lui recommanda de lui téléphoner au travail, une fois la tâche accomplie.
Ce qui fut fait.
Mais cet appel téléphonique était retenu ultérieurement par les enquêteurs comme un élément déterminant.
« Mission accompli.
Le colis a été expédié ! ».
« C'est parfait ! bonne note est prise ».
Toutefois, Lahoucine alla le lendemain après un bref passage à la maison, avertir la police qu'il découvrit sa femme morte d'un coup de couteau dans le dos.
Il fut retenu dans les locaux de police pour les besoins de l'enquête.
La femme qui fut poignardée au flanc, baignait dans une mare de sang alors que son bébé de 3 mois était encore dans le « kangourou », que sa pauvre mère portait.
Ayant été aperçu à sa sortie de l'appartement, le clochard fut arrêté le lendemain et n'hésita pas à avouer que c'était le mari qui l'avait bel et bien chargé de ce meurtre moyennant finances.
Mais le mari soutint que les affirmations du clochard étaient mensongères.
Il n'y avait, en effet, aucune preuve corroborant ces allégations.
D'autant plus que ce mari était tout content d'avoir une jeune épouse et un joli petit bébé.
Le coup de téléphone a été enregistré, mais le mari a prouvé qu'il y a eu bel et bien un colis expédié le jour même à sa famille au Maroc.
L'accusé avait un alibi, ayant été au travail au moment des faits.
Mais il a été dénoncé par le clochard au risque d'être jugé pour complicité.
Où est la vérité ?
Le mari voulait-il vraiment se débarrasser de sa jeune épouse ? Et si le clochard avait agi de lui même, pour commettre un vol ou un viol ?
Autant de questions qui ne font que faire planer le doute sur cette affaire ; doute dont bénéficie l'accusé, mais qui ne fait qu'altérer davantage la vérité.
Ahmed YOUNES



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