« On m'a accusé d'avoir assassiné les membres de ma famille... seulement parce que je suis arabe »

2007-01-22 - Le Temps
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Tunis - Le Temps : Depuis près de quarante jours, les médias italiens et plusieurs journaux tunisiens n'ont cessé d'évoquer la « boucherie » commise au détriment de la famille d'un compatriote Azouz Marzouk (25 ans), émigré dans la région d'Erba près de Côme en Italie.
Ce dernier, de retour à Tunis, samedi dernier, s'est rendu directement à Zaghouan, sa ville natale, pour s'occuper des préparatifs de l'enterrement des siens, lâchement assassinés en Italie.
Malgré sa profonde douleur et son état psychologique difficile, il a bien voulu nous relater, à l'aéroport international de Tunis-Carthage, les péripéties de cette affaire dans laquelle tous les membres de sa famille ont péri.

• Quelle a été ta réaction en voyant les chaînes italiennes de TV diffuser les images de l'abominable crime qui a coûté la vie à ta famille, crime qui a été mis sur ton compte ?
-J'étais profondément choqué...
On m'a qualifié de criminel alors que j'étais à Tunis.
Cela montre bien leur racisme.
On m'a accusé parce que suis arabe.
On a profité de mon absence puisque j'étais en Tunisie pour massacrer ma famille.
• Quelles ont été tes impressions lorsque tu as été arrêté à l'aéroport à ton retour en Italie ?
-Non, ils ne m'ont pas arrêté, mais ils m'ont emmené dans une voiture de police pour m'éloigner des journalistes et des photographes.
Ils m'ont conduit chez un juge d'instruction qui a recueilli mes déclarations.
Ce dernier devait notamment m'interroger sur les personnes qui avaient des différends avec moi ou avec ma femme Raffaëlla.
• Et maintenant que le couple italien assassin a été arrêté ?
-Je suis entré dans une colère terrible et j'étais vraiment anéanti en apprenant que Rosa et son mari ont commis ce crime crapuleux, outre qu'ils n'éprouvent à présent aucun remords.

• Comment expliques-tu la barbarie avec laquelle on a assassiné ton enfant, ton épouse, ta belle-sœur et une de vos voisines ?
-Il n'y a aucune explication à cette furie meurtrière volontaire.
Seules la rancune, la haine et la jalousie peuvent expliquer le geste des deux assassins de ma famille.
•Y a-t-il des différends entre vous ?
-Oui, il y a d'anciens différends entre ma femme et sa meurtrière qui remontent à une jalousie maladive de cette dernière envers celle qui partageait ma vie outre la rancune dont elle n'a pas pu se départir.
• Mais la meurtrière a indiqué dans ses aveux que tu l'embêtais et la harcelais sexuellement à chaque fois que tu passais devant chez elle ?
-Elle n'a trouvé aucun motif pour justifier son acte barbare.
C'est pour cela qu'elle entend traîner mon honneur dans la boue en prétendant, d'une manière éhontée et mensongère, qu'elle a fait l'objet d'actes qui n'ont jamais eu lieu.
•Tu as demandé à la justice italienne de condamner à mort les deux assassins, mais cette peine n'existe pas en Italie.
-C'est vrai, la peine de mort a été abolie en Italie.
Mais la société doit être débarrassée de pareils criminels en les condamnant, dans le minimum des cas, à perpétuité.
•Toutefois, tu as déclaré aux médias italiens que tu n'attends que le jour où tu te vengerais des assassins de ta famille.
-Oui.
J'ai bien évoqué cela dans mes déclarations concernant ce crime en disant que le jour où je les rencontrerai (les deux assassins) je les tuerai (de mes propres mains).
• Comment as-tu reçu les excuses publiques des habitants de la localité d'Erba.
-C'est une grande joie que j'ai reçu ces excuses qui ont quelque peu atténué ma peine après avoir perdu ma famille.
Elles m'ont rendu mon honneur et ma dignité.
•A présent, es-tu disposé à continuer à vivre en Italie ?
-Absolument...
L'Italie demeure mon second pays.
Je vivrai partagé entre mon pays natal la Tunisie et l'Italie, mon pays d'adoption.
Cela, malgré les conditions difficiles par lesquelles je passe actuellement.
•As-tu trouvé tout le soutien nécessaire auprès des autorités tunisiennes en Italie lors de ce drame que tu as vécu ?
-Je remercie énormément le consulat tunisien qui m'a beaucoup aidé en prenant en charge le transport à Tunis de la dépouille de mon fils Youssef, alors que j'ai pris en charge le transport de la dépouille de mon épouse.
•Dans quelques heures, tu procèderas à l'enterrement de ton fils et de ta femme dans le cimetière de Zaghouan, que peux-tu dire à ce propos ?
-Je suis un homme abattu.
J'ai perdu mon épouse qui était mon soutien dans la vie et mon fils, mon seul espoir dans ce monde.
J'ai également perdu mon travail à cause des rumeurs qui ne m'ont pas épargné.
Aujourd'hui, je suis au point zéro et je renouvellerai ma vie, mais ...
(Azouz s'est alors tu et les larmes coulèrent sur ses joues...
des larmes de la souffrance qu'il éprouve pour cette séparation définitive et douloureuse de sa « Raffa » comme il se plaisait à l'appeler et de Youssef, l'enfant chéri).

Propos recueillis par
Saber MKACHER
(Al Ousbouï)



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