Le prix de la mère et de la famille arabes à une maman tunisienne

2007-02-05 - Le Temps
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• L'histoire incroyable de Beya Bent Mansour El Mezghani...
Aéroport de Tunis-Carthage.
Hier à 17h !
Elle se tenait dignement entourée de sa famille ; seules les larmes qui miroitaient au fond de ses yeux et qu'elle retenait trahissaient son émotion.
Sur son visage se lisaient le stoïsme, la force et une patience sans limite.
Elle n'affichait pas de fatigue suite à son long voyage en venant de Dubaï où le Prince lui a accordé le prix de la maman exemplaire.
Une fierté modeste pour elle et pour sa famille, contentes d'avoir eu et mérité ce prix.
Ce prix qui marquait la clôture du festival de Dubaï du shopping fut accordé suite à un concours au niveau du monde arabe.
En Tunisie, c'est l'ATM (Association Tunisienne des Mère dont la présidente est Mme Saïda Agrebi et dont l'une des filles de la gagnante est présidente de la filière de Sakyet Ëpit, Sfax) qui instruisit les dossiers.
Deux représentants emiratis du concours sont alors venus rendre visite à la famille Mezghani pour une interview de sélection et lui ont franchement témoigné leur admiration.
Suite à cela, on l'a contactée pour lui préciser qu'elle est parmi les finalistes.
La maman partit alors pour les Emirats.
Ainsi, nous étions là, à l'aéroport pour accueillir la lauréate.
Dans l'heure qui précéda son arrivée, on a essayé de reccueillir les' témoignages de sa famille.
Les membres présents de la famille, son fils, son gendre, sa nièce et ses deux brus étaient unanimes : cette femme incarne la persévérance, la patience, le courage et la générosité.

Beya fut mariée une première fois et eut cinq enfants.
Quelques années plus tard, elle perdit son mari puis quatre de ses enfants qui moururent durant la même année.
Elle se remaria avec une personne ayant déjà quatre enfants et en eurent encore six.
Ils en ont perdu deux.
Seulement, cette femme paraissait destinée à être veuve.
En 71, elle perdit son deuxième mari qui lui laissa huit enfants.
Elle leur voua alors soin et affection sans distinction entre ceux issus d'elle et ceux que son mari avait eu de son premier mariage.
Privée de ressources, elte décida de travailler et se mit à nourrir ces bouches.
Elle s'adonna alors à la couture et au tricot, apprit à lire et écrire pour pourvoir suivre les enfants durant leurs études.
Elle se battit des années durant et, en fin de compte, ces enfants obtinrent des diplômes universitaires.
Son fils nous raconta avec émotion : « Même quand on était petit et qu'on se bagarrait dans la rue, elle nous disait d'e'në pas-Téagir, de pardonner...
».
A l'âge de 71 ans, cette femme, dont la curiosité et la soif d; apprendre n'ont pas de limites, intégra une'éOôle d'adultes et arriva à décrocher son diplôme.
Elleifin est fière, elle n'est plus une illettrée et, comble du bonheur, elle put réaliser son rêve ; pouvoir lire, seule, le Coran.
Sa bru ajoute en riant qu'actuellement, elle aide ses petits-enfants à réviser.
Elle affiche encore la volonté d'accompagner les pas d'une nouvelle génération, d'éduquer, d'assumer...
Elle arrive.
Dans ses bras se jettent les membres de sa famille réunis pour I c-cueillir.
Après les retrouvailles chargées d'émotion, elle nous parla de ce voyage, de cette consécration et d'elle-même.
Elle commença par dire : « Je remercie Dieu : ma famille ne connaît ni haine, ni rancune, ni jalousie ».
Elle enchaîne, tout en continuant à remercier Dieu : « II est vrai que j'ai beaucoup supporté dans ma vie ; j'ai élevé quatre générations d'orphelins ; j'ai aussi élevé mes frères et soeurs, même quand mes parents étaient en vie.
Ensuite, mes enfants, les enfants de mon mari, même ceux des voisins et actuellement je m'occupe de mes petits-enfants.
Pas une seule fois, je n'ai refusé de rendre service ! ».
« Quel conseil pourriez-vous donner ? » ; elle répond alors : « La patience.
Il faut avoir la foi et la patience.
Accepter les malheurs que Dieu nous afflige, les supporter, et garder la tête haute.
Je remercie Dieu de m'avoir donné cette foi et du fait que durant toute ma vie, je n'ai eu aucun problème avec personne ».
Malgré ses 79 ans, cette femme garde encore une main ferme en tenant fièrement le prix qui lui fut accordé par le Prince de Dubaï.
Elle continue à se tenir droite ne tremblant point.
C'est seulement sur son visage que se lit le poids des années et d'un fardeau stoïquement porté...
HajerAJROUDI



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