"Clint Eastwood" et la mallette bourrée de dollars

2007-02-12 - Le Temps
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Cela faisait presque vingt ans que ce chauffeur de taxi connu sous le sobriquet de " Clint Eastwod ", se réveillait tôt le matin pour aller travailler, car avec les risques qui augmentaient de plus en plus, il préférait faire le service du matin, et rentrer chez lui à quinze heures pour ne ressortir que le lendemain.
Il avait dépassé la cinquantaine de peu, et avait cessé les entraînements de Judo, sport qui l'attira depuis sa tendre enfance et dans lequel il réalisa quelques performances, en remportant des " Dans " et quelques victoires.
Il aimait parler encore à ses amis de ses compétitions avec de grands judokas où il put s'imposer sans grandes difficultés.
"Clint Easwood" était non seulement connu par les habitants de son quartier, mais également par la plupart de ses collègues.
Ils n'étaient pas bien nombreux à l'époque et lui se distinguait par sa taille frêle et robuste et ses yeux d'un bleu éclatant.
D'où son surnom, car son regard et sa silhouette rappelaient ceux de l'acteur américain.
Mais il était loin d'avoir comme celui-ci la dégaine facile et la tendance à la bagarre.
C'était un homme rangé affable et gentil, qui vivait en bon père de famille et était bien apprécié par tous ceux qui l'avaient connu.
Mais ce matin, il ne se réveilla pas avec le même entrain.
Il avait les boules et appréhendait quelque chose, sans savoir ce qu'il lui arrivait.

A sept heures tapantes il était dans sa voiture, une Peugeot 304 dont il prit le soin de procéder aux vérifications nécessaires avant de prendre la route.
Hélé à quelque deux cents mètres plus loin, il prit un client qui devait aller à l'aéroport.
Arrivé à destination, il eut l'idée de garer sa voiture pour aller prendre un bon café, qui lui donnera le coup de fouet et le réveillera davantage.

Mais voilà qu'il sentit un besoin pressant et se dirigea vers les toilettes de l'aéroport.
Là, dans une des cabines, il remarqua, en même temps qu'il faisait ses besoins une mallette noire qui était posée à même le sol.
Etait-elle oubliée ou abandonnée ? Se demanda-t-il.
Et si elle était piégée ? appréhenda-t-il.
Après une petite hésitation, il prit son courage à deux mains et d'un coup sec, en appuyant sur les deux boutons qu'il y avait de part et d'autre, il l'ouvrit.
Et ce fut l'étonnement de voir ce qu'il n'avait peut être jamais vu de sa vie, sauf dans les polars au cinéma ou à la télévision ! de quoi tomber dans les pommes !
En effet, la mallette était remplie de billets de dollars.
Il y avait facilement un million de dollars.
Une somme faramineuse qui pour lui était quelque chose d'impossible à atteindre.
Il la referma d'un geste rapide et sortit pour rejoindre sa voiture où il la rangea dans le coffre arrière.
Il rejoignit vite son domicile et alla mettre la mallette dans une planque, sans en dire un mot à sa femme qui était étonnée de le voir rentrer plut tôt qu'à l'accoutumée.
La nuit il ne put fermer l'œil.
Il rêva d'un tas de choses, y comprit comme la laitière et le pot au lait de Lafontaine, de placer son argent en bourse, et de fonder une banque et devenir l'homme le plus riche du monde.
Le lendemain, fatigué et mort de sommeil, il ne put aller travailler.
Il passa trois jours au même rythme, et sa femme remarquait de plus en plus qu'il n'était pas dans son état normal, mais ne put savoir ce qu'il lui arrivait.

Au bout de ces trois jours, il craqua, pour tout déballer à sa femme.
Celle-ci était scandalisée et si c'était de faux billets lui fit-elle remarquer attirant par la même son attention sur cet élément de taille.
"Il n'est plus question que tu garde cette mallette une minute de plus à la maison.
Il faut aviser la police tout de suite !" le somma-t-elle.
Mais tu es folle ! On va croire que je suis un gros trafiquant ou un voleur.
Tu as vu la somme qu'il y a dans cette valise ?" lui fit-il remarquer.
Au contraire tu va faire preuve de ta bonne foi ! et d'ailleurs si tu ne le fais pas j'irai moi-même te dénoncer", le menaça-t-elle.
Il sentait sa bouche devenir de plus en plus sèche et son visage devint blême au point de croire qu'il n'avait plus une goutte de sang.
Son cœur battait de plus en plus fort.
"Et mes projets alors ? Et la banque que j'ai projeté d'instituer ? et la cotation en bourse ? Est-ce possible que tout tombe dans l'eau en un laps de temps ? pensa-t-il.
En effet, tous ses rêves s'étaient évaporés contraint et forcé, la mort dans l'âme, il alla voir la police et ce fut le deuxième acte de sa galère.
Car il était normal qu'il ne fût pas cru sur parole.
Il était soupçonné d'une magouille quelconque.
Avoir une somme pareille, sans pouvoir en déterminer l'origine exacte, c'est toujours source de suspiscion.
Et s'il avait menti à sa femme et à la police faisant partie de tout un réseau de trafic de devises ? Mais en fait était-il obligé d'en référer à sa femme.
S'il était vraiment de mauvaise foi ?
Autant de questions qui ne trouvèrent pas de réponses.
L'enquête menée par la police ne révéla en effet, pas grand-chose.
Sauf que les billets étaient bel et bien de vrais dollars.
Mais alors quel est le secret derrière cette mallette laissée aux toilettes.
Quelqu'un avait-il commis un crime et la déposa là dans le but de tromper la vigilance de la police, et à faire diversion ?
Rien de tout cela ne put être vérifié avec certitude.
Et le pauvre chauffeur de taxi, relâché au bout de quelques jours se rappellera toute sa vie de cet événement qui l'a à jamais marqué.
A chaque fois qu'il racontait sa mésaventure à l'un de ses amis, il poussait un long soupir en s'exclamant : "Ai-je bien fait d'avoir tout dit à ma femme ? !".
Ahmed YOUNES



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