Les errements d'un patron grognard

2007-03-04 - Le Temps
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« Le chef » avait constitué une société unipersonnelle de services et s'était installé dans un bureau, avec une grande pièce séparée par un paravent pour limiter son territoire, permettant à la secrétaire d'occuper un petit espace où elle avait une petite table nécessaire à installer son ordinateur et un appareil téléphonique.
L'objet de cette société était la prospection commerciale tous azimuts et quand l'affaire commença à tourner, il engagea un jeune homme qui faisait le représentant, le coursier, le recouvrement, mais était, quand même, astreint à des heures fixes au bureau.
Il n'avait pas de place déterminée, puisqu'il n'y avait pas beaucoup d'espace, mais qu'à cela ne tienne, il s'installait à côté de la secrétaire qui parfois lui cédait la place pour aller à côté du patron.
Celui-ci était lunatique et agissait en fonction de son humeur, à la merci de laquelle se trouvaient ses employés, c'est-à-dire la secrétaire et surtout son coursier ou représentant, selon les cas et les opportunités du moment.
Aussi, son patron lui cherchait-il constamment noise.
L'ayant chargé la veille d'un travail important auprès d'une administration ou d'une société, il lui reproche le lendemain d'être venu en retard et après l'avoir sévèrement admonesté, il se ressaisit, lorsque son employé lui rappelle la mission dont il l'avait chargée la veille et lui rend compte de ce qu'il avait pu faire à cet effet.
Mais il ne le remercie jamais et trouve toujours quelque chose à lui reprocher.
Le jour de la paye il est toujours de mauvaise humeur.
« La société est déficitaire, cela est dû à votre comportement.
Vous êtes insouciant et vous ne réalisez pas qu'on passe par des moments de crise ».
Et puis, s'adressant à son employé, qui devient son souffre douleur : Tu ne bouges pas assez.
Tu t'absentes souvent.
Je te préviens,tu va te trouver bientôt viré si ça continue ! ».
Son employé, habitué à ce langage, ne dit pas mot, car il n'y a rien de concret dans les paroles de son patron, qui agit au gré des opportunités du moment.
S'il lui arrive d'être de bonne humeur, surtout lorsqu'il réalise des affaires juteuses, il se contente de plaisanter avec son employé en lui adressant quand même des quolibets parfois au point de le vexer.
Le lendemain, il revient à la charge pour lui faire des remontrances et le taxer de laxisme et de manque de conscience.
La secrétaire était traitée avec un peu plus d'égard, car elle le couvrait et elle se trouvait parfois dans des situations critiques.
Comme la fois où un client (indésirable) qui présenta à elle pour lui demander de voir le patron.
Celui-ci était à son bureau et on pouvait bien l'entrevoir derrière le paravent.
La secrétaire fit mine de lui téléphoner, et il lui recommanda de dire au client qu'il était en réunion !
« Mais il tout seul, on peut le voir, il est en train de lire le journal, lui dit le client stupéfait.
« Oui, monsieur, il est en réunion quand même ! je suis désolée ! ».
Désappointé, le client sortit en maugréant, et un scandale fut évité de peu.
Le « chef », car c'est ainsi qu'il voulait qu'on l'appelât, trouva le moyen de reprocher à la secrétaire de n'avoir pas été si perspicace avec le client !.
Celle-ci finit par le quitter, ayant été à bout par son comportement.
Son employé qui se trouvait acculé à faire le travail de secrétaire en plus finit par démissionner également.
Le chef se retrouva tout seul.
Mais il n'a pas changé, pour autant.
A son bureau, il parle tout seul, gesticule et se dispute avec lui-même, persistant à croire que tout le monde a tort...
même lui-même !
Ahmed YOUNES



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