Les pique-assiettes encore plus envahisseurs que les extra-terrestres !

2007-03-09 - Le Temps
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Les « victimes » sont toujours choisies, ciblées avec un soin méticuleux, longuement étudiées avant d'être abordées, harponnées.
En sont bien évidemment exclues, car peu ou pas exploitables : les enfants dans les jardins d'enfants qui amènent comme « lomja » une croûte de pain badigeonnée d'harissa ; à l'école, les élèves cassant la graine avec une « mlawi au salami » rosâtre à base d'hormones ; les lycéens ralliant l'institution à pied, ne suivant que les cours particuliers populaires dispensés au sein même du collège (et encore) ; les étudiants ne sont pas en reste, ceux achetant des cigarettes au détail à la buvette qu'ils fument autour d'un seul gobelet de café en commun, cotisant à deux voire à plus pour s'octroyer une(tika) leur permettant de se partager après une attente interminable un plateau au resto universitaire et s'échinant en choeur à « scier » un récalcitrant morceau de viande encore rebelle quoique largement mariné et ayant longuement séjourné dans le carbounatou ; les fonctionnaires faisant le pied de grue devant les bureaux des PTT dès 7heures du matin et à partir de chaque 23 du mois pour s'enquérir auprès des receveurs si leur tutelle a déjà « versé » leur salaire ou pas ; sans oublier bien sur les intellos au chômage, garnissant les terrasses des cafés, scotchés sûr un siège à éplucher « prudemment » un journal qu'ils ont loué auprès du Hamas du coin 50 millimes la matinée, 80 s'ils affrètent deux quotidiens.
Au grand dam des organes éditeurs des choux, seuls perdants dans l'affaire !
Quant aux piqueurs d'assiettes, ils sont sensiblement d'une étoffe similaire : du culot à en revendre ; un esprit retord machiavélique constamment en éveil, en chasse ; un opportunisme et une étonnante aptitude à tirer profit de la moindre occasion qui se présente ; une faculté innée à adopter un profil bas à l'occasion, à se la jouer timoré, suscitant condescendance voire pitié ; sans occulter il va sans dire l'absence totale de la moindre notion des valeurs morales les habitant, de nature à freiner un tant soit peu leur acharnement opiniâtre à se sucrer sur le dos d'autrui.
Acteurs au talent confirmé, il leur est aisé d'adopter le rôle idoine qui sied à la situation, de composer le visage de circonstances en parfaite symbiose avec les attentes du vis-à-vis...
à plumer.

Quelques exemples
Dès que vous avez le dos tourné devant le jardin d'enfants, après y avoir déposé votre chérubin, il est happé par des petits lutins raflant tout sur leur passage : barrettes de chocolat importées, jus, eau minérale,jouets à l'occasion, la camaraderie autorisant pareilles manœuvres.
A l'école, votre petit est racketté par certains copains en promesse de lui céder en classe la place de devant juste devant l'instit ; pensant satisfaire de la sorte les vœux et les recommandations de sa mère, il se prête volontiers au manège : feutres, taille-crayon, gomme de fantaisie ramenés de Ben Guerdane, le stylo aplati muni d'une fenêtre où l'on visualise la Tour Eiffel , biscuits fourrés, - tous de s'évaporer en un clin d'œil !
A dix heures, votre ado ne termine jamais son croissant, il lui arrive de ne point y toucher.
La buvette de la fac enregistre un manège plus subtil : en groupe et par un accord tacite, chacun se charge à tour de rôle à honorer la douloureuse, son jour venu, il brille par son absence, prétextant un exposé en retard à fignoler ; ou carrément, se frappant avec force le front (histoire de paraître convaincant) et maudissant son étourderie d'avoir oublié ses deniers chez lui.
Démuni de cigarettes, sous prétexte d'avoir définitivement arrêté de fumer sur recommandations de son médecin, il se sert sans vergogne des paquets jetés négligemment sur la table sans même en demander la permission.
Vous lisez votre journal dans un moyen de transport public, arrivé à destination, vous ne disposez en mains que de la planche panneaux publicitaires ; le reste éparpillé entre les voyageurs.
Passe pour ceux lisant appuyés contre vos épaules, collés à votre dos, vous soufflant au passage leur haleine fétide en pleine figure ; souvent, voulant tourner la page, certains vous en empêchent sans autre forme de procès, n'ayant pas encore terminé la lecture de leur article !
D'autres rôdent en permanence discrètement vers midi du côté des restaurants, sitôt une personne de connaissance attablée, ils se joignent à elle jouant les surpris et s'assurant un solide repas à l'œil.
Vous êtes au manège avec vos gosses, un voisin se pointe, vous confie sa ribambelle pour la distraire et la ramener au domicile, une urgence l'obligeant à rallier le bureau dare-dare, en omettant évidemment d'honorer les frais nécessaires aux jeux des siens.

Nous pourrions poursuivre indéfiniment l'énumération de pareils cas de dépassements ; mais ce qui compte vraiment, c'est de lutter efficacement contre ces abus, d'oser dire Non aux profiteurs, de ne plus être considéré comme le dindon de la farce,la poule aux œufs d'or, la vache laitière de la contrée !
Mohamed Sahbi RAMMAH



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