Qui a tué la voyante ?

2007-03-19 - Le Temps
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Madame Nadia qui arriva un samedi matin au cabinet « Boule de Cristal » où elle avait rendez-vous à dix heures, avec Danièle, la voyante, trouva la porte entrouverte.
Elle prit la précaution de sonner par deux fois avant d'y pénétrer, d'un pas lent et hésitant.
« Y a -t-il quelqu'un ? Danièle es -tu là ? » appela-t-elle sur un ton inquisiteur.
Mais personne ne répondait à son appel.

Dans ce cabinet de voyance situé dans un quartier chic de la ville, les volets étaient encore clos laissant entrer par leurs interstices quelques rayons de soleil, se réfractant ça et là pour permettre de distinguer malgré l'obscurité, les différents objets qui garnissaient et meublaient le grand salon au décor recherché.

A droite, un divan capitonné en cuir marron, placé contre le mur, faisait le coin avec les deux fauteuils en cuir de la même couleur placés de part et d'autre.
Au dessus un grand tableau de La Joconde accroché au mur à une hauteur qui permettait à Liza Monelli d'interpeller par son regard figé et imperturbable tout visiteur, qui franchissait le seuil de la porte.

A gauche, il y avait une grande table grise de bureau, où on voyait plein d'objets, notamment des boules de cristal de différentes tailles , ainsi que plusieurs lots de cartes dont des tarots.
Derrière ce bureau, un grand fauteuil en cuir et en bois de chêne massif, et au dossier excessivement haut, rappelait ces sièges d'antan qu'on voyait chez les gens de justice.

Madame Nadia s'avançait peu à peu.
Plus elle s'engageait dans ce grand salon pour s'approcher du bureau, plus elle s'inquiétait.
Elle jeta un regard du côté du bureau, mais il n'y avait personne.

Elle eut l'idée brusquement d'allumer les lumières et appuya avec hésitation sur l'un des interrupteurs qu'il y avait juste à sa droite.

Brusquement, son inquiétude changea en peur et angoisse.

En effet, elle put constater que les objets étaient en désordre et qu'il y avait surtout des traces de sang sur le parquet.
Celles-ci allaient du bureau jusqu'à l'anti -chambre de madame Nadia.
Suivant ces traces, elle constata que la porte de l'anti-chambre était béante.
Après quelques hésitations elle décida d'y pénétrer.
Mais que ne fut pas sa stupeur, lorsqu'elle constata que Madame Danièle, la voyante gisait inanimée par terre, dans une mare de sang et une grosse blessure ouverte au dessus de sa tempe.

Dans cette anti-chambre, il y avait un petit salon ave un sofa, trois fauteuils, et le coffre-fort à gauche du sofa.

Il était ouvert et vide.
Madame Danièle ahurie, poussa un grand cri, puis après un moment d'errance, elle reprit quelque peu ses esprits et quitta le cabinet à la hâte pour aller directement au poste de police.

Dépêchés sur les lieux les agents de la brigade criminelle informèrent le procureur qui après avoir procédé au constat des faits, ordonna une enquête, ainsi qu'une autopsie sur le corps de la victime.

Madame Nadia qui fit sa disposition était complètement étrangère aux faits, d'autant plus que c'était la deuxième fois qu'elle venait voir la victime pour une séance de tarots.

L'autopsie révéla que la mort a été provoquée par une hémorragie cérébrale, la victime ayant subi plusieurs coups sur la tête avec un objet contondant.

La blessure qu'elle avait par contre, à la tempe gauche était intervenue au moment où assommée, elle tomba, et sa tête a dû se cogner sur le coin d'un mobilier.
D'ailleurs le bureau se trouvant à la grande salle, portait également des traces de sang.

Les traces qu'il y avait sur le parquet s'expliquaient par le fait que la victime a été traînée par le coupable jusqu'à l'anti-chambre ce qui voulait dire que le mobile du crime n'était pas nécessairement le vol.
A moins que l'assassin connaissait parfaitement les lieux et savait à l'avance l'emplacement du coffre.

Qui étaient en fait les clients de madame Danièle ? la plupart étaient de la junte féminine, de la femme jalouse qui voulait espionner son mari jusqu' à la vieille fille qui cherchait chaussure à ses pieds, ou œuvrait à conquérir le cœur d'un prétendant réticent.

Ces clients étaient en très bons termes avec la victime et aucun incident n'avait été enregistré durant la longue carrière de celle-ci.

Quoiqu'au cours de l'enquête un voisin révéla certaines choses asses curieuses.

En effet, une semaine avant les faits, madame Danièle eut la visite d'un monsieur.
Visite inopinée et fracassante, puisqu'elle dégénéra en scandale.
On entendait le monsieur en question traiter la victime de tous les noms et la menacer de porter plainte contre elle.

Le témoin déclarait dans sa déposition que madame Danièle ne faisait pas que de la voyance, car il lui arrivait de temps en temps de faire l'entremise pour rapprocher les cœurs et développer certaines amitiés.

La femme de celui qui se disputa avec la voyante une semaine avant les faits était une de ses clientes.

Celle-ci convoquée par la police, confirma cet état de fait ajoutant qu'elle le faisait avec l'accord de son mari qui interrogé à son tour ne la désavoua pas.

Un autre élément donna également du fil à retordre aux enquêteurs : la victime ne gardait pas d'argent chez elle, son banquier ayant affirmé qu'elle procédait quotidiennement à des dépôts à l'agence bancaire où elle avait ouvert un compte personnel, et un compte commercial.

Qu'y avait-il alors dans ce coffre ?
Le seul qui pouvait le savoir était son fils.
Mais celui-ci n'habitait plus avec elle depuis qu'il convola en justes noces, voilà bientôt cinq ans avant les faits.
Il déclara qu'il lui rendait visite de temps à autre sans pour autant s'immiscer dans ses affaires personnelles.

L'assassin cherchait peut-être dans ce coffre des documents tels que des lettres compromettantes par exemple.
Et puis le coupable avait-il l'intention de tuer, ou avait-il agi sous l'emprise de la colère ?
A toutes ses questions, on ne trouva pas de réponse, et l'affaire fut classée sans suite.

Ahmed YOUNES



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