Monia, « Madame Courage », soulagée : « Justice est faite pour ma fille »

2007-04-19 - Le Temps
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Le Temps-Agora Vox
Vendredi 13 Avril 2007, près de trois ans après les faits, la cour d'assises des mineurs des Bouches-du-Rhône a condamné à vingt-trois ans de réclusion criminelle les deux hommes, âgés aujourd'hui de 19 et 20 ans, qui avaient lapidé Ghofrane Haddaoui dans un terrain vague des quartiers Nord de Marseille un soir de pluie.
C'est le verdict d'un long combat mené courageusement par Monia Haddaoui, la mère de la jeune victime, et le début serein d'une longue lutte féministe, toujours pour cette dernière, à l'échelle internationale cette fois.
Entre crime, vérité et pardon.

Il est dit en France que le « Vendredi 13 » porte chance.
Monia Haddaoui aurait certainement préféré passer celui qui a bouclé la semaine dernière en compagnie de sa fille.
C'est finalement avec elle, mais d'une autre manière, qu'elle aura accompagné son enfant ce jour où tant de Français sont préoccupés, comme drogués, de savoir s'ils vont gagner la grosse somme ou si la magie n'aura pas lieu.
Pour Monia, ses enfants, ses proches et Ghofrane, ce n'est pas une histoire de magie, mais tout simplement de justice qui s'est accomplie ce jour-là.
Comme l'a laissé exclamer la mère, devenue « Madame Courage » au cours de ces dernières années, en sortant du palais de justice d'Aix-en-Provence : « Le peuple français a tranché, justice est faite pour Ghofrane.
Elle va reposer en paix ».
Et en effet, le jugement rendu n'a pas trahi celui que demandait la famille de la victime en retenant vingt-trois ans de réclusion criminelle pour les deux accusés mineurs au moment des faits au lieu des trente demandés par l'avocat général, qui estimait que seule la peine maximale pouvait sanctionner ce crime.
A la sortie, la sœur de la victime, Chadia, déclarait, elle, que « vingt-trois ans derrière les barreaux, c'est bien ».
Puis, les quatre journées pleines de procès s'achevèrent sur un air de capoeira, une passion que Ghofrane partageait avec son frère.
Une attitude de paix pour la fin d'une histoire de barbarie commise en partie par un mineur à « l'immaturité totale » et « au développement intellectuel d'un enfant de six ans » selon la psychologue chargée de l'affaire.

Monia ou le pardon de la dignité

A la sortie de la cour d'assises, après le jugement, les larmes qui coulaient sur le visage de Monia Haddaoui ne sont ni celles de la colère, ni celles de la tristesse, mais celles du soulagement.
Pourtant qui n'aurait pas craqué devant un tel destin ? Qui n'aurait pas préféré la vengeance à la justice en voyant ce jeudi 21 octobre 2004, quatre jours après la disparition de la victime, le corps de sa fille lapidé par trente et un coups de pierres de plus ou moins deux kilos ? Une oreille droite taillée, le lobe de l'oreille gauche arraché à vif, les lèvres éclatées, les dents cassées, un trou à la tempe gauche par lequel l'œil fut déplacé, les doigts de la main gauche écrasés dont l'annulaire broyé, les côtés brisées, le crâne fracassé par une trentaine de coups laissant trente et un trous comme le raconte Mounia Haddaoui dans son ouvrage co-écrit avec Anne Bécart, Ils ont lapidé Ghofrane, aux éditions Des femmes.
La description de ce corps que la mère retrouve à la morgue est bien loin de l'image de la jeune femme brune aux yeux clairs respirant la beauté absolue et défiant de son regard celui qui voudrait l'attirer dans un guet-apens.
Et pourtant, celle qui pratiquait la capoeira, art martial brésilien, aura été incapable d'échapper à la lapidation de ses piégeurs, mais la mère de la victime, guidée par un rêve dans lequel sa fille lui décrivait ses derniers instants, n'aura pas cédé à sa souffrance, menant sa propre enquête, constituant sa propre équipe, marchant trois fois pour sa fille, dominant les erreurs de la presse, ne jurant que par la bonté de Dieu et les valeurs républicaines, se préoccupant du sort des autres femmes du monde, montant une association au prénom de sa fille, voulant la vérité, cherchant à comprendre et n'accordant que le pardon.
Comme le signifie « Ghofrane ».

Dans la douleur, le chaos et la barbarie, une femme est restée digne.
En mémoire de sa fille et en précaution pour les autres.
Un exemple à méditer.



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