Il tue son épouse et l'enterre à l'écurie

2007-05-13 - Le Temps
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Lorsque le mari invita son épouse à le suivre à l'écurie, afin de l'aider à traire les vaches, celle-ci obtempéra sans rechigner par instinct d'obéissance et de soutien, dont elle était convaincue devoir à celui auquel elle s'est unie, pour le meilleur et pour le pire, pour fonder un foyer et donner naissance à deux enfants devenus déjà grands garçons.
Il faut dire toutefois que les relations entre ces deux époux n'étaient pas toujours au beau fixe, étant donné le comportement assez fougueux du mari qui devenait au fil des jours de plus en plus facilement irritable, ce qui engendrait de fréquentes scènes auxquelles assistaient souvent les enfants pour déplorer l'attitude de leur père devenu insupportable.
Mais leur mère parvenait toujours à trouver un compromis avec son mari, dans l'intérêt de ceux-ci.
Pourtant, ils avaient tout pour être heureux, vivant dans une ferme où à côté de la culture d'arbres fruitiers, une écurie avait été aménagée pour l'élevage de quelques bovins et où le mari avait l'habitude de se rendre quotidiennement pour nourrir le bétail.
Mais ce jour là, il insista pour que son épouse l'accompagne et celle-ci n'y vit aucun inconvénient.
Elle ignorait, toutefois, que son époux allait abuser de la confiance qu'elle lui faisait pour l'abattre sauvagement dès qu'elle mit les pieds dans l'écurie, puis l'enterrer dans un trou qu'il creusa préalablement dans ce dessein.
Après avoir pris le soin de bien le recouvrir de terre il amoncela à l'endroit où gisait le cadavre de son épouse, un tas de vieux fût et autres objets abandonnés, pour camoufler au mieux toute trace susceptible d'éveiller l'attention de ses enfants, puis quitta l'écurie en fermant bien la porte derrière lui.
Le premier de ses enfants qui rentra tard dans l'après-midi, remarqua l'absence de sa mère et demanda à son père de ses nouvelles.
Celui-ci se contenta de lui dire qu'elle était allée au souk hebdomadaire pour faire quelques achats et qu'elle allait, de ce fait tarder.
« Tu sais avec les femmes, c'est toujours comme ça.
Faire les magasins et les marchés, c'est leur meilleur divertissement », dit-il à son fils qui commençait à s'inquiéter car à El Agba, il ne faut pas se hasarder de rentrer tard.
La nuit, le quartier devient plus ou moins mal famé, et c'est risqué surtout pour une femme seule.
« Rabbi Yostor » (que Dieu nous protège), lui dit le garçon, sur un ton plein d'inquiétude.
Mais la mère n'était pas rentrée de toute la nuit.
Le deuxième garçon qui regagna le domicile un peu plus tard dans la nuit était encore plus inquiet.
Les deux enfants passèrent une nuit blanche.
Cependant, l'un d'eux avait remarqué que son père avait une attitude bizarre, ne manifestant pas d'inquiétude outre mesure.
Il était là sans broncher essayant de temps à autre de les rassurer.

« Elle est allée chez votre tante qui habite tout près du souk », dit-il à ses enfants.
-« Mais elle ne l'a jamais fait ? elle n'a jamais découché », lui répondit l'un de ses fils.
Le lendemain, ceux-ci décidèrent d'aller prévenir la police de cette mystérieuse disparition.
L'aîné eut l'idée d'aller jeter un coup d'œil à l'écurie.
Dès qu'il entra, il sentit qu'il y avait quelque chose d'anormal.
Ce fut surtout ces bidons amoncelés dans un coin de l'écurie qui attirèrent son attention.
Il alla s'enquérir de plus près et constata avec stupéfaction une chaussure de sa mère traînant parmi les bidons.
Il remarqua également que la couleur de la terre n'était pas la même à cet endroit, et comprit qu'elle avait été récemment remuée « un trou a été creusé, on dirait ».
Pour en avoir le cœur net il se munit d'une pelle et commença à creuser à cet endroit.
Au bout de quelques coups de pelle, il s'arrêta ahuri à la vue d'une jambe de sa mère.
« Il l'a tuée, mais il l'a tuée », scanda-t-il à haute voix, pour ameuter son frère.
Celui-ci constata à son tour qu'il y avait un cadavre celui de sa mère dans le trou.
Ils allèrent avertir les agents de la Garde nationale, qui se dépêchèrent sur les lieux pour constater ce crime abominable et arrêter le coupable qui ne manifesta aucune opposition et avoua tout bonnement ses méfaits.
Cependant, il ne put dire avec clarté et précision quelle était le mobile de cet acte qui décima toute une famille.
La conduite de son épouse était, comme l'attestaient ses enfants, irréprochable, et les multiples scènes de ménage étaient dûes surtout au tempérament fougueux de leur père, qui se mettait hors de lui, souvent pour des broutilles.
Devant le tribunal où il fut inculpé d'homicide volontaire avec préméditation, son avocat essaya en vain de démontrer que l'acte de son client, n'était pas celui d'un être jouissant de toutes ses facultés mentales.
Le tribunal le condamna à la prison à perpétuité.
Il interjeta appel, et la cour, à la demande de la défense ordonna une expertise psycholégale.
Celle-ci révéla, en fin de compte, qu'il était sujet à des crises de démence, l'amenant à agir de manière incontrôlable et inconsciente.
Il fut donc déclaré irresponsable par la cour qui décida son internement dans un asile psychiatrique.
Les plus affectés en l'occurrence étaient les deux enfants qui en un laps de temps, avaient vu leur famille s'effriter avec un père à l'asile et une mère les quittant à jamais pour un monde meilleur.
Ahmed YOUNES



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