Oueld Hlima a bon dos !

2007-05-28 - Le Temps
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Le quartier des "ouled Saïd" était bien animé en ce jour d'été où d'habitude on est enclin à rester chez soi à la recherche de la fraîcheur et afin de s'abriter d'un soleil de plomb qui annonçait dès les premières lueurs de l'aube une chaleur étouffante.
Qu'y avait-il de si extraordinaire ? Quelle nouvelle avait incité tous les jeunes et moins jeunes du quartier à s'activer ?
Eh bien c'était la fête du retour de "Oueld Hlima".
Celui-ci revenait d'un long et pénible voyage.
Il était comme dirait ses amis en "Suisse".
En fait, c'est une image, une métaphore pour éviter de dire qu'il était en prison.
Oueld Hlima avait commencé à tutoyer la délinuance depuis sa tendre jeunesse.
Après des séjours en centre de rééducation pour mineur, il entra en prison pour la première fois à l'âge de vingt trois ans.
C'était son tempérament fougueux et sa tendance à la violence qui lui avaient toujours causé des problèmes.
Cela dit, Oueld Hlima était au fond bien gentil surtout avec sa mère qu'il vénérait.
Il a toujours été également, respectueux et gentil envers tout le monde et notamment quand il s'agit des habitants de son quartier.
Il n'avait jamais manqué de respect aux personnes âgées ou aux dames de son quartier.
Bien plus il était toujours là, pour défendre une jeune fille importunée par un Goujat ou un vieillard agressé par un zig irrespectueux.
Et pourtant l'affaire dans laquelle il fut impliqué révélait une personnalité tout à fait différente.
En effet tous ceux qui le connaissaient étaient choqués d'apprendre qu'il avait abusé de la fille de son patron, le cafetier du coin, chez qui il s'occupait de temps en temps à préparer les "chichas" pour les clients, moyennant une petite rétribution.
Le cafetier le chargeait également de ramener les courses à la maison, et il donnait ainsi à Oueld Hlima carte blanche pour aller chez lui à tout moment pour voir si la famille ne manquait de rien.
Ce fut de cette façon qu'il put connaître la fille du cafetier qu'il trouvait du reste bien charmante, mais se gardait toutefois de dépasser les limites de la bienséance à son égard.
Au fil des jours il s'arrogea le droit de la surveiller, comme s'il était son grand frère.
Aussi avait-il commencé à le faire d'une manière si exagérée suscitant de la sorte le mécontentement de la jeune fille qui se sentait de plus en plus étouffée par cet intrus qui à son sens n'avait pas voix au chapitre, n'ayant aucun droit de regard sur elle.
Aussi, ce mécontentement se transformait-il de jour en jour en haine pour Oueld Hlima.
D'autant plus que la jeune fille avait fait la connaissance d'un richard qui, bien qu'il la dépassa d'une vingtaine d'année, lui avait proposé le mariage, en lui promettant monts et merveilles.
La jeune fille accepta volontiers croyant trouver en ce bonhomme aux tempes grisonnantes, et à l'allure d'un homme d'affaires distingué, son prince charmant Oueld Hlima qui était toujours à l'affût, épiant ses allées et venues, surprit la jeune fille une fois dans une voiture luxueuse en compagnie de son soupirant.
Il vint la trouver pour lui dire gentiment de faire attention et de s'assurer de son homme.
Mais elle prit la mouche et sur un ton de mépris elle lui lança :
"Occupe-toi de tes affaires.
En tous cas, lui ce n'est pas un délinquant.
Il m'aime et il va bientôt demander ma main à mes parents.
Ne te fatigue donc pas ! garde tes conseils pour toi-même !".
Ouled Hlima se sentit humilié, mais il n'avait pas réagi préférant ne rien dire.
Les jours passèrent et la jeune fille tomba entre temps enceinte.
Elle alla révéler la chose à son bien aimé pour lui dire d'activer les formalités en vue du mariage.
Mais quel ne fut pas son étonnement lorsque celui-ci lui dit avec sang froid.
"Il faut que tu avortes, car notre mariage ne peut avoir lieu avant au moins deux ans, et pour cause : Il faut que je divorce avec ma première femme, une étrangère avec laquelle je suis lié par un contrat de mariage et qui m'a quitté pour rentrer chez elle, voilà bientôt près de trois ans.
C'est-à-dire depuis qu'on s'est connu".
- "Mais je crois rêver, lui dit-elle en éclatant en sanglots.
Pourquoi tu ne m'avais pas prévenue ? Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?".
La jeune fille se sentit terrassée.
Qu'allait elle dire à ses parents ?
En tous cas, il n'était pas question pour elle d'avorter.
Le Fœtus qu'elle avait dans ses entrailles constituait pour elle le seul lien qu'il y avait avec celui qu'elle aima croyant que cet amour était sincère et réciproque.
"Ne t'en fais pas lui dit son interlocuteur.
On trouvera bien un solution pour que tu avortes discrètement et sans dégâts".
Mais elle n'était pas convaincue, et elle le quitta dans tous ses états, et sans savoir quoi faire ni où aller.
En chemin elle rencontra Oueld Hlima, qui constata qu'elle était bouleversée.

Dès qu'elle le vit, elle éclata en sanglots.
Oueld Hlima avait compris que la jeune fille était accablée.
"Calme-toi, et dit-moi ce que tu as, lui dit-il pour la rassurer.
La jeune fille craqua et lui raconta sa mésaventure.
"Ne t'en fais pas, lui dit-il c'est lui qui viendra te supplier de ne pas avorter, je vais lui dire deux mots !"
En attendant, rentre chez toi et ne dis rien à personne.
Ce que fit la jeune fille.
Mais le lendemain elle apprit avec consternation que Oueld Hlima a été arrêté par la police.
Il avait tué le bonhomme, au cours d'une rixe qui avait éclaté entre eux.
Mais devant, le tribunal où Oueld Hlima avait comparu pour homicide, celui-ci expliqua, comme il l'avait fait à l'enquête préliminaire, qu'il s'était rendu à la maison de la victime à six heures du soir.
La porte était entr'ouverte et dès qu'il pénétra, il constata avec surprise que le maître de céans, gisait au sol, sans vie, baignant dans une mare de sang.
Il portait une profonde blessure à la tête.
Il ne put alors qu'aller prévenir la police qui se dépêcha sur les lieux, ce fut ainsi que Oueld Hlima a été impliqué dans cette affaire.
L'enquête révéla que ce jour-là deux hommes avaient été remarqués par les voisins, alors qu'ils sortaient de la maison de la victime.
Mais qui étaient-ils ? En tous cas il était impossible de les reconnaître.
La jeune fille qui fut également inquiétée, confirma la version de Oueld Hlima et fut mise hors de cause, l'ayant rencontré en sortant de chez la victime, bien avant qu'elle ne fut assassinée.
Oueld Hlima qui était le seul à avoir une lourde présomption à sa charge dans cette affaire puisqu'il se trouvait sur les lieux du crime, avait pu s'en sortir en bénéficiant du doute.
Le mystère restera entier dans cette affaire et Oueld Hlima quitta la prison avec un non-lieu, après une année de détention quand même.
Les habitants du quartier qui attendaient son arrivée, s'attroupèrent dès qu'ils aperçurent la voiture qui le ramenait de prison.
Les you-you éclatèrent et la mère de Oueld Hlima accourut vers la voiture, pour donner l'accolade à son fils, qui éclatant en sanglots, resta accroché à son cou un bon moment.
Ahmed YOUNES



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