Meurtre dans le bungalow

2007-06-25 - Le Temps
Lu 384 fois

En ce jour de l'Aïd El Kébir, tout le monde était occupé à fêter le sacrifice du mouton.
C'était une des occasions où les familles se réunissaient pour déguster les différents plats à base de viande, dont notamment le mechoui, les merguez et le couscous aux osbanes tant réputé en Tunisie et à travers tout le Maghreb.
Or, les deux jeunes filles qui venaient chercher leur tante, s'inquiétaient de constater après lui avoir téléphoné maintes fois, de ne pouvoir la joindre.
Septuagénaire, celle-ci avait choisi de passer une paisible retraite dans un bungalow, sur la plage d'une proche banlieue, qu'elle avait aménagé à son goût.
Son mari décédé, elle continua à y vivre avec le fils de celui-ci qu'elle adopta et auquel elle vouait tant d'amour et d'affection, surtout que n'ayant pas eu d'enfant, elle le considérait comme son propre fils.
Il l'aimait lui aussi la traitant avec beaucoup d'égards et d'attention.
Mais ayant été dans l'obligation d'émigrer à l'étranger pour y travailler, il prit l'habitude de venir lui rendre visite une fois par an, durant ses vacances.
Cela dit, il restait constamment en contact avec elle en lui téléphonant régulièrement pour s'enquérir et se rassurer qu'elle fût en bonne santé et qu'elle ne manquait de rien.
Il la recommandait également à ses cousines en les incitant à lui rendre visite afin de le tenir informé de ses nouvelles.
Le jour de l'Aïd il lui téléphona également et eut la même inquiétude que ses cousines, après avoir constaté qu'elle ne répondait pas à ses appels.
Il en fit part d'ailleurs à celles-ci et leur recommanda d'aller lui rendre visite pour en avoir le cœur net.
L'une de ses cousines, constata avec étonnement en arrivant devant le bungalow que la voiture de sa tante était garée à l'intérieur.
La porte d'entrée était fermée et la chaîne cadenassée était mise comme à l'accoutumée.
La tante avait en effet, l'habitude de bien fermer la porte principale tous les soirs, une fois qu'elle était chez elle.
Il y avait tous les indices indiquant qu'elle n'avait donc pas quitté la maison.
Cela augmenta son inquiétude et elle eut l'idée d'aller chez la voisine à laquelle elle signala cet état, de fait, en lui demandant d'essayer de l'appeler de son téléphone.
Ce que fit celle-ci, en vain, personne ne décrochait.
Elles décidèrent alors toutes les deux d'aller voir de plus près en essayant de pénétrer à l'intérieur du bungalow en enjambant la clôture.
Et ce fut le choc ! Elles furent, l'une et l'autre frappées par une odeur fortement désagréable et nauséabonde qui se dégageait de la maison de la tante.
Ahuries et désemparées, elles ne virent d'autre solution que d'alerter la police.
Les agents de la brigade criminelle qui se dépêchèrent sur les lieux avaient découvert, après avoir forcé la porte du bungalow, le cadavre de la vieille, qui commençait à se décomposer.
Ses nièces étaient terrassées.
"Qui pouvait commettre un crime aussi crapuleux et pour quelle raison ?" se demandaient-elles.
La septuagénaire, qui avait fait une longue carrière d'infirmière, était connue par ses voisins et tous ses amis, pour sa gentillesse, son affabilité et ses grandes qualités humaines.
D'autant plus que rien ne manquait de la maison de la victime, à part son téléphone portable.
Mais peut-on aller jusqu'à tuer quelqu'un pour une telle broutille ?
L'autopsie ordonnée par le procureur de la République révéla que la victime avait été tuée par strangulation.
Elle avait en effet, autour du cou un foulard, que l'assassin avait laissé en l'état, après l'avoir utilisé, pour l'étrangler en serrant jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Il restait donc à découvrir l'assassin qui vraisemblablement avait pensé la police, était habitué à visiter la victime chez elle.
D'autant plus qu'il n'y avait aucune trace d'effraction sur la porte d'entrée.
Les enquêteurs ont pu finalement trouver le fil conducteur par lequel ils pouvaient aboutir à la découverte du coupable et ce, après de multiples investigations auprès des amis de la victime et de ses voisins.
En effet, ceux-ci s'accordaient à dire que la vieille dame était en contact avec un jeune homme qu'elle avait chargé de peindre la maison.
Elle le connaissait depuis quelque temps et il avait de ce fait entrée chez elle pour les multiples bricoles qu'elle lui confiait de temps à autre.
Cette personne était en effet connue en tant que peintre en bâtiment et habitait dans les parages de la cité balnéaire de la ville, c'est-à-dire pas très loin du domicile de la défunte.
Il était apparemment un homme sans problèmes particuliers à part le fait qu'il trimait, vivant au jour le jour grâce aux travaux de peinture qu'il entreprenait avec soin et méticulosité.
Pouvait-il être celui qui avait commis ce meurtre mystérieux et inexplicable ?
Les soupçons des enquêteurs allait toutefois se confirmer quand ils avaient découvert en allant l'interpeller à son domicile, qu'il s'était absenté depuis la veille du meurtre.
Il était donc en état de fuite.
Les agents de la brigade criminelle savaient qu'il ne pouvait pas aller très loin et au bout de quelques jours où ils procédèrent à un ratissage de la zone balnéaire, ils purent enfin lui mettre la main dessus sans grande difficulté.
La fouille systématique qu'ils avaient entreprise à son domicile ne permiet de trouver parmi les objets appartenant à la victime, qu'un téléphone portable qu'il avait emporté après avoir commis son forfait.
Dès la première déposition, il avoua qu'il était bien le meurtrier de la pauvre vieille dame.
Il était comme hébété.
Il ne cessait de répéter : "oui c'est moi qui l'ai étranglée à l'aide de son foulard.
Mais je ne sais pas comment j'ai pu faire ça.
Je ne me rappelle pas exactement comment je m'y suis pris.
Le foulard, elle le portait déjà au cou".
"Oui, mais comment avez pénétré dans la maison sans effraction, alors que la porte était fermée ?" lui dit l'inspecteur chargé de l'enquête, après avoir enregistré ses premiers aveux sur la machine à écrire qu'il manipulait avec dextérité en pianotant les touches, seulement avec les index de ses deux mains.
"Je me suis planqué dans un coin derrière la maison avant que la victime ne procédât à la fermeture de la porte d'entrée.
Je l'ai d'ailleurs surprise dans sa chambre à coucher.
Mais je n'avais aucune intention de la voler et encore moins de la tuer", expliqua le peintre avec un visage blême et ruisselant de sueur.
Le bruit de cette machine à écrire archaïque mais efficace et robuste, était encore plus stressant pour lui, et il voulait en finir en déballant tout ce qu'il avait sur le cœur, mais il était bloqué quelque part.
Il ne pouvait pas dire en effet, pourquoi s'était-il caché et pour quelle raison avait-il été poussé à tuer cette vieille dame.

A six heures du matin, ou lui notifia la fin de sa garde à vue.
Le procureur décerna un mandat de dépôt à son encontre et l'inculpa de meurtre avec préméditation.
Une autopsie fut également ordonnée et elle révéla qu'il y avait outre les traces de strangulation, ceux de sévices sexuels.
L'accusé qui comparut plusieurs fois devant le juge d'instruction ne put expliquer comment il s'y était pris.
Avait-il tenter de violer la victime avant ou après sa mort.
Etait-il un obsédé sexuel un sadique ou un nécrophile ?
L'expertise psychiatrique à laquelle il avait été soumis ne put élucider la question avec certitude.
Cependant elle confirma qu'il était atteint de perturbations sur le plan psychologique et de crises passagères de démence.
Ce qui atténuait sa responsabilité pénale.
Atténuation, voulant dire qu'il était accessible quand même à une peine d'emprisonnement s'il était établi qu'il était conscient au moment des faits.
Ce fut là que résidait toute la difficulté et ajoutait à ce mystère concernant le mobile de ce crime, resté à jamais entier.
Ahmed YOUNES



Juin 2007
LMMJVSD
01 02 03
04 05 06 07 08 09 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30
<< >>