Elle prenait la vie du bon côté

2007-08-08 - Le Temps
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Elle croquait la vie à pleines dents.
Mais elle était pieuse aussi.
Hier, à la Cité Bougatfa II, au Sedjoumi, toute une cité était frappée de stupeur face à ce drame qui s’abat sur une famille tranquille, qui emporte une fille, qui ne demandait rien de particulier à la vie, si ce n’est se frayer un chemin, se faire une situation...
Elle était pleine d’humour.
Elle savait cacher ses magmas, la déception de devoir bosser, après avoir raté le bac.
Mais elle regardait devant elle.
Et elle n’avait pas de complexes à dénicher un poste d’ouvrière dans une usine de câbles, elle, presque bachelière, instruite et cultivée...
Elle savait que la vie était dure, mais qu’elle lui sourirait un jour.
Elle avait 24 ans.
Un jour, on lui propose, à elle et à plusieurs filles, ouvrières, elles aussi, au sein de l’entreprise, un stage de perfectionnement dans la ville d’Arad, en Roumanie.
La mère, Chahrazade, coiffeuse de son état, et le père Hichem, cadre au sein de la municipalité de Bab Bhar, donnent leur aval.
Hanène piaffait d’impatience de voyager, de se perfectionner...
On s’occupa des formalités et c’est ainsi que les jeunes filles ainsi, d’ailleurs, que des jeunes hommes, (affectés à un stage de chefs cuisiniers), prirent le vol pour la Roumanie où on les logea dans un hôtel de la ville d’Arad, à trois heures de trajet aller-retour, du lieu du stage à une cadence de 12 heures par jour : de 6 heures du matin à 18 heures.
Hanène se plaignait de la bouffe et les filles, (avec 200 dinars d’allocation touristique), devaient se contenter de leurs provisions : thon, harissa, huile, tous tunisiens.
Qu’à cela ne tienne, Hanène rassurait toujours ses parents au téléphone...
Et elle s’arrangeait de sorte à les faire rire...
Personne ne voyait le drame venir.
Dimanche dernier, au matin.
Hanène prend un café.
Aussitôt elle est prise de malaise.
Elles sont quatre par chambre.
L’une de ses co-locataires l’y conduit pour se reposer et c’est là qu’elle rend l’âme.
D’autres filles montrent les mêmes symptômes...
Elles s’en tirent par bonheur...
Hier, Madame Chahrazade, la mère de Hanène et son père Hichem, étaient, certes, abattus, mais ils restaient dignes et, dans le malheur, comme ils nous l’ont déclaré, ils ne se sentent pas seuls et ils sont sûrs que justice sera rendue à l’âme de leur fille, grâce, nous ont-ils déclaré « à la sollicitude et aux instructions du Chef de l’Etat ».
Hier, c’est dans la dévotion que toute la cité attendait le rapatriement de la dépouille de Hanène.
Une fille bien, qui riait de tout, parfois d’elle-même, parce qu’elle prenait la vie du bon côté.
R.K



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